86 pages in-4 ou in-8 sur papier ligné, 30 mars 1957 - 11 mars 1966. Très importante et très intéressante correspondance avec le fondateur, en 1953, de la revue littéraire Les Cahiers des Saisons. Réflexions sur des sujets divers et variés : la littérature bien sûr, commentaires sur différents articles de Brenner ou de ses amis, méthode, conseils et stratégies littéraires, l'art du service de presse, l'imagination, la critique, l'Académie (une ennuyeuse plaisanterie), le monde de l'édition, etc. La politique (la " droite " et la " gauche "), le " progressisme ", de Gaulle (ou plutôt " Gaulle " à la manière de Morand), l'Algérie, la guerre de 14, la résistance, les allemands, Weimar, etc. Mais aussi la radio, Roscoff, Nanterre, le mariage, les femmes, la " pédérastie ", l'amour, Freud et les " complexes ", etc. Sur ses propres ouvrages (articles dans Arts ou le " Journal de Bord " des Cahiers des Saisons), Demi-jour, Détachements, Femmes, etc. L'École de Barbézieux, les éditions Stock (en tant qu'éditeur) et la collection Le Cabinet Cosmopolite… Mentions de nombreuses personnalités des lettres : MORAND en tête bien entendu, Mathieu Galey, Bernard Frank, Nimier, J.-L. Bory, Paulhan, Fabre-Luce, Céline, Sartre, Sagan, Déon, Jacques Tournier, son fils Gérard Boutelleau, Guitry, A. Malraux, Solange Fasquelle, Josette Day, Béatrix Beck (polémique au sujet du " Déjeuner empoisonné "), Arland, J.-P. Caracalla, Nourissier, Montherlant, R. Martin du Gard, François de Curel, Clara Malraux, Madeleine Chapsal, K. Haedens, Caillois, Bernanos, M. Aymé, etc. Quelques coupures de presse dont deux avec les portraits savoureusement commentés de Montherlant et de Nourissier.Votre critique dans la revue des Voyages, c'est de la très belle critique ; forte, dense, et pourtant agréable. Il n' y a rien que j'admire comme la critique, quand elle est sérieuse. Le coté " inactuel " lui donne plus de poids encore. Caracolla (…) vous demandera de parler de Bains de mer de Paul Morand, et il a ses raisons : Morand collabore assez souvent ; et puis Mermod (l'éditeur du Bulletin où vous écrivez ; Lausanne) est en relation avec lui ; enfin le sujet est bien pour cette revue. (…) Je le dis, parce qu'il est permis de ne pas goûter comme moi la virtuosité de Morand. Elle m'éblouit parce qu'elle est l'opposé de moi ; et je la crois unique. C'est un jongleur ; mais pas un farceur ; il jongle avec des poids lourds (et quelle science des choses dans cette poudre brillante ; la poudre, c'est cet éclairage de projection électrique sur la page ). C'est un jongleur sérieux. C'est curieux, comme j'aime le sérieux (je parle de son Vienne). …Si on a une pensée ne jamais lui donner la forme trop arrêtée d'une maxime. Tout pulvériser. On ne se doute pas du travail que m'aura coûté ce souci de tout effacer. La pensée, le trait, la couleur, et jusqu'aux mots (jamais le mot le plus fort). Le mot " effacer " n'est pas tout à fait juste. Dissimuler plutôt ; non pas supprimer, mais incorporer. Un bon cuisinier, je crois, comprendrait cette recette. Tous les ingrédients (et jusqu'au travail lui même) doivent être fondus dans une lente cuisson. Jamais trop d'ingrédients, s'ils sont " fondus ". C'est là mon art. J'apprécie beaucoup l'opposé : la virtuosité, la couleur, même l'éclat, l'abondance, et même (rarement) les maximes. (…) Ce que j'ai voulu pour moi (parce que cela seul m'était permis), j'ai conscience de l'avoir réussi ; quitte à passer pour gris et ennuyeux. Cet art de " fondre " je le pousse à l'extrême, aujourd'hui, en tachant de fondre ensemble tous les genres ! On dit facilement : c'est du Chardonne, quand un livre offre bout à bout, des genres divers (…) Il s'agit, en réalité, de vraiment fondre ensemble ; obtenir une seule coulée, où les genres divers miroitent comme les couleurs variées de la mer. Cela demande un grand effort. Je crois que j'aurai réussi cette fusion dans mon prochain livre (la suite du " Ciel… ") et qui se nommera : Demi-jour. Il paraîtra en 1963 ou 64, je pense. Afin que l'on ne m'oublie pas, je publierai en février prochain (…) Femmes ; - contes choisis et quelques images - dans une édition demi-luxe. Toutes les nouvelles ont pour titre un nom de femme. La plupart, déjà publiées et presque inconnues, fortement corrigées ; quelques-unes inédites. Je les trouve bien… Je terminerai, en vous livrant mon message : Le Christ a dit : " Aimez-vous les uns les autres " c'est beaucoup trop demander ; nous le savons. " Surpassez-vous " a dit Nietzsche. Grande erreur, grand danger ; tel que vous êtes, cela suffit bien. J'adopte un conseil de Machiavel qui est modéré : " Ne soyez pas odieux ".